C’était un des grands favoris pour la Palme d’Or à Cannes cette année. Au final, De Rouille et d’Os a vu la récompense suprême lui échapper de peu mais restera comme un des films chocs de ce festival. Le nouveau film de Jacques Audiard nous prouve néanmoins que le réalisateur franco-belge n’est pas descendu des sommets atteints avec Un Prophète, récompensé par le prix du Grand Jury en 2009. Naturellement, Gosh a vu le film et vous livre ses impressions.
Encore une fois, Audiard navigue loin des sphères dans lesquelles le cinéma d’auteur français excelle. Adieu raffinement bourgeois, adieu tourments psychologiques, adieu Paris. Ici on parle des petits, des cassés, des marginaux. Et on s’envole pour la Côte d’Azur pour y découvrir que la misère existe aussi au soleil.
L’histoire, c’est celle d’un homme et d’une femme. Ali est une brute qui dissimule un cœur d’enfant. La vie ne lui a rien offert, si ce n’est un bambin blond de cinq ans, abandonné par une mère junkie. Pour nourrir son fils, il ne peut compter que sur la force de ses poings. Il n’a pas peur de se faire casser la gueule, et de flirter avec la loi. Julie, elle, est dresseuse d’orques. Une coriace, qui aime jouer avec les hommes. Jusqu’au jour où, victime d’un terrible accident de travail, elle doit subir l’amputation de ses jambes.
On est frappé par la cruauté de la vie envers les deux personnages. Leur souffrance est avant tout physique, elle se lit dans leur corps que le réalisateur se plaît à broyer. Ces déchirures mettent pourtant peu à peu à jour la tendresse que ces deux êtres recherchent sans oser se l’avouer.
Le film doit également beaucoup à la performance des deux acteurs principaux. Marion Cotillard, d’abord, qui confirme son statut de superstar du cinéma hexagonal avec un jeu presque sans fautes, sans excès. Matthias Schoenaerts, ensuite, acteur belge remarqué avec Bullhead l’an dernier, qui entre dans la peau du personnage avec une vérité troublante.
De Rouille et d’Os est aussi un signe des temps. Le film évoque Les Raisins de la colère, opus grandiose de John Ford, qui en 1940 dressait le portrait d’une Amérique ravagée par la Grande Dépression. Là c’était le soleil californien, ici c’est Antibes et la méditerranée. Mais ce sont les mêmes drames et la même grandeur de l’âme humaine sublimés par une lumière impeccablement maîtrisée.
Réjouissons-nous enfin d’une nouvelle réussite du cinéma français, qui se porte décidément bien en ce moment, après le succès populaire d’Intouchables, la consécration de The Artist aux Oscars, et l’unanimité de la critique internationale autour des Adieux à la Reine. Même si Cannes lui a préféré Amour, du réalisateur autrichien Haneke, plus fidèle à la ligne un peu obscure pour le grand public du jury, De Rouille et d’Os est déjà plébiscité par le public avec plus d’un million d’entrées en une dizaine de jours.
Il n’a pas eu la palme mais il est notre favori. Vive le cinéma, et surtout, vive le cinéma français !


