Le temps de reprendre nos esprits après l’incroyable (pas nécessairement dans le bon sens du terme) soirée que nous avons passée devant notre téléviseur pour la grande finale de l’Eurovision, nous sommes fin prêts à analyser l’avènement de la nouvelle reine Loreen et la déchéance de notre pauvre Anggun.
Dans un premier temps, tout semble bien débuter pour la France. Les premiers candidats s’égrènent dans un flot de musique de fête au village et de performances en provenance de la quatrième dimension. Autant, nous n’attendions pas de la part des pays ouvrant le bal de nous en mettre plein la vue, autant le choix de la sélection britannique nous a laissé d’entrée plus que dubitatifs. Les sujets de Sa Majesté nous avaient habitué à de grande ballade accompagnée de son lot de chanteuse à voix, avec Jade Ewen, ou bien à des tubes pop survitaminés. Cette année, ils nous alignent un grand-père entre Susan Boyle et Franck Michaël. La sentence finale sera sans appel : 12 misérables points et une avant dernière place bien méritée.
Le show va prendre une toute autre tournure à partir de la neuvième candidate venue de Chypre, Ìvi Adámou. On sort lentement de notre léthargie d’alors grâce à des rythmes plus actuels, dansants festifs, et on peut commencer à se rincer l’œil sous les déhanchés coquins de la miss et de ses copines en robes légères. L’Eurovision 2012 peut enfin commencer. Surtout que 3 minutes après le début du tour de chant de notre prostipute chypriote, c’est Anggun qui entre dans la danse.
Lors de l’émission En route pour l’Eurovision proposée en préambule par France 3, on nous montre tout le processus d’élaboration de la chanson et de promotion de l’équipe française. On nous dit qu’Anggun a traversée l’Europe pour présenter son titre. On nous montre quelques prestations, mais aucune n’est la version définitive présentée ce soir. C’est une stratégie assez étrange et unique, les autres pays candidats présentant toujours leurs artistes avec le visuel définitif. Et lorsque les premières notes de Echo (You and I) retentissent, on comprend désormais pourquoi ce choix a été fait.
Le tableau, Anggun au centre dans sa robe de chiffons Jean-Paul Gautier et trois gymnastes torses nus tourbillonnants autours de la belle, fut globalement assez décevant, mais peut-être en attendions-nous trop. Anggun nous avait promis du grand show, il n’en sera rien. La première erreur aura été celle des gymnastes survoltés. Certes ce petit côté kitsch aurait pu rapporter quelques voix, mais le soucis aura été de pointer un peu trop les caméras sur eux et non sur la chanteuse. Ensuite Anggun sera peut être restée un peu trop figée au centre la scène, finalement pas très avenant pour le public en dépit de grands sourires aguicheurs.
Malgré ces petites désillusions, Anggun n’en reste pas moins une des artistes les plus puissantes du programme. Le niveau général est honnêtement très faible et si une pointe de déception nous saisi pendant son interprétation, on commence sincèrement à rêver au Top 5.
Seulement quelques artistes par la suite vont nous faire comprendre que la victoire est belle et bien inespérée. De bonnes surprises comme les représentantes de l’Azerbaïdjan, l’Espagne ou encore l’Allemand Roman Lob arrive à faire vaciller notre cœur. Mais c’est bel et bien la déferlante Loreen qui sonne la fin de la récréation.
Nous vous avions prévenu, cette candidate allait peser lourd dans la compétition. Et ce qui devait arriver arriva.
Le décompte des points débute tranquillement et les désormais alcoolisés Cyril Féraud et « Mimi » Dumas tentent de dédramatiser les points fantomatiques accordés à la France. Derrière notre télévision, l’enthousiasme s’envole immédiatement. Anggun ne sera pas la grande gagnante. Pire encore, elle sera la grande perdante.
Le copinage entre pays géographiquement et ethniquement voisins se déroule sans anicroche, tout le monde est content et souriant. Les petits pays tiennent leur revanche sur les grands, la France, l’Angleterre et consorts en sont pour leurs frais. Alors que toute l’Europe de l’Est s’échange ses points, les pays de l’Ouest s’évertuent à un peu de morale et à offrir ses points avec le cœur aux plus méritants. Il y aura bien le Portugal et ses 12 points à l’Espagne, mais globalement, le vote est plutôt équilibré.
Très vite un trio de tête se détache, et la grande gagnante est consacrée. Loreen sera la seule à pouvoir briser la stratégie géopolitique de l’ex-bloc communiste en approchant même le record toutes saisons confondues de quelques points. Ce sera un peu notre prix de consolation, devant l’absurde de cette compétition qui, sans vouloir jouer au psychologue de comptoir, en dit long sur la mentalité humaine.
Les horripilantes grands-mères russes squattent la deuxième place du podium devant le somnifère serbe, et notre espoir de voir un jour la France pointer dans les hauteurs du classement nous quitte à jamais.
Beaucoup de voix s’élèvent alors à nouveau pour un retrait de la France qui finance en grande partie cet événement qui ne sert qu’à gonfler les égos et caresser les rancœurs des petits peuples de l’Europe et ses amis. La France a-t-elle vocation a financer une entreprise qui vise à la ridiculiser et à l’humilier. Certes, tout cela n’est censé être qu’une soirée festive, et c’est comme cela que nous aimons à le vivre par chez nous, mais la réalité des choses étant autre, un petit coup au porte-monnaie remet généralement les esprits en place. Nous ne réclamons pas une victoire de la France parce que nous sommes français, nous n’aurions pas compris que Jessy Matador ou Amaury Vassili l’année dernière l’emporte, mais se prendre une telle déculottée est une injustice que nous ne saurions accepter en silence.
Le classement final de la 57e édition de l’Eurovision :
1. Suède | Loreen – Euphoria (372 points)
2. Russie | Buranovskie Babuški – Party for everybody (259 points)
3. Serbie | Želijko Joksimović – Nije ljubav stvar (214 points)
4. Azerbaïdjan | Sabina Babayeva – When the music dies (150 points)
5. Albanie | Ronan Nishliu – Suus (146 points)
6. Estonie | Ott Lepland – Kuula (120 points)
7. Turquie | Can Bonomo – Love me back (112 points)
8. Allemagne | Roman Lob – Standing still (110 points)
9. Italie | Nina Zilli – L’amore è femmina (Out of love) (101 points)
10. Espagne | Pastora Soler – Quédate conmigo (97 points)
11. Moldavie | Pasha Parfeny – Lautar (81 points)
12 ex-aequo. Roumanie | Mandinga – Zaleilah (71 points)
12 ex-aequo. Macédoine | Kaliopi – Crno i belo (71 points)
14. Lituanie | Donny Montell – Love is blind (70 points)
15. Chypre | Ìvi Adámou – La la love (65 points)
16. Ukraine | Gaitana – Be my guest (65 points)
17. Grèce | Eleftheria Eleftheriou – Aphrodisiac (64 points)
18. Bosnie-Herzégovine | MayaSar – Korake ti znam (55 points)
19 ex-aequo. Islande | Gréta Salóme & Jónsi – Never forget (46 points)
19 ex-aequo. Irlande | Jedward – Waterline (46 points)
21. Malte | Kurt Calleja – This is the night (41 points)
22. France | Anggun – Echo (You and I) (21 points)
23. Danemark | Soluna Samay – Should’ve known better (21 points)
24. Hongrie | Compact Disco – Soudn of our hearts (19 points)
25. Royaume-Uni | Engelbert Humperdinck – Love will set you free (12 points)
26. Norvège | Tooji – Stay (7 points)
A lire aussi ...



