Les Designer’s Days se sont déroulés du 31 mai au 4 juin dernier à Paris et Pantin. Gosh.fr ne pouvait pas manquer l’occasion de jeter un coup de projecteur sur un des 90 événements de ce parcours thématique du design. Nous avons choisi l’École Bleue, qui a décidé cette année de monter une exposition issue de travaux réalisés par ses étudiants, accompagnés par deux designers, sur la thématique de la mixité.
Ce sont ces deux designers, Julien Benayoun et William Boujon, co-fondateurs du studio bold-design, que nous avons choisi de découvrir, de questionner, à la fois sur l’exposition, mais aussi sur leur interprétation de la thématique des Designer’s Days.
« Nous nous sommes rencontrés en 2004 sur les bancs de l’école comme cela se passe souvent. En 2007, nous avons partagé une très riche expérience de 6 mois dans l’Académie d’Art d’Enschede aux Pays-Bas. Nous avons alors commencé à co-signer nos objets.
En parallèle, de nombreuses collaborations avec des studio de design aux Pays-Bas comme Libertiny, et en France comme les Tsé&Tsé, Christian Ghion, les 5.5 designers, Carré Noir ou Mathieu Lehanneur ont apportés des expériences dans une grande variété de projets.
Malgré ces années d’études communes, nos passés, nos expériences et nos personnalités ont façonnés nos visions du design, aussi différentes que complémentaires. Alors que le sens des choses me fascine et m’amène à me concentrer sur le « POURQUOI »; William, à l’aise avec la matière et les techniques de fabrication, maîtrise le « COMMENT ». Ce sont les fondements de bold-design.
Nous travaillons aujourd’hui nous même avec des clients très différents (industriels, artisans, institutions, lieux culturels, etc) sur des projets de mobilier, d’objets, d’espace…
Depuis quelques années, nous prenons beaucoup de plaisir à enseigner et mener des ateliers dans des Universités ou Ecoles d’Arts Appliqués. »
Quelle est la génèse du projet « mixité » avec l’Ecole Bleue ?
« L’Ecole Bleue nous a contacté après avoir découvert notre travail. Notre goût prononcé pour la matière, les outils de production aussi bien industriels qu’artisanaux et notre volonté d’insuffler du sens à chaque projet correspondaient parfaitement à ce qu’elle recherchait pour ses étudiants. Nous avons alors accompagnés les étudiants durant un mois de workshop très intense.
L’atelier était guidé par une volonté : Oublier ce qu’on croit connaître pour expérimenter et proposer sa propre vision.
Nous avons souhaité leur faire partager ce sens de la découverte qui nous cher. De nos jours, les étudiants sont très au courant des derniers objets grâce aux blogs spécialisés qu’ils fréquentent abondamment. Il s’agit parfois de leur seule source de documentation et ils oublient d’aller à la vraie source des choses. Cela conduit à un appauvrissement de la discipline.
Pour ce projet, il a fallu leur faire oublier certaines habitudes et reprendre conscience qu’ils pouvaient trouver une réponse sensible et personnelle en faisant leurs propres constats. Nous ne cherchions pas à leur faire dessiner un objet en particulier, bien au contraire. La demande était extrêmement ouverte : Ils choisissaient eux-même la notion, la matière ou la technique qu’ils souhaitaient explorer. Il a fallu leur faire dans un premier temps oublier le crayon. Sans expérience, on ne peut que proposer des objets stéréotypés. Ils ont pris (ou repris) conscience de l’importance de l’intelligence de la main.»
Pourquoi avoir choisi le thème « Mixité » ?
« La mixité est une notion capitale aujourd’hui. L’échange, la relation entre les gens, les visions, les savoir-faire sont sources d’enrichissement pour tous et dans tous les domaines.
L’Ecole a choisi de proposer ce thème très ouvert en faisant un parallèle intelligent entre design et génétique (on parle bien de familles, lignées ou transmission dans le design). Cette mixité souhaitée invite à insuffler du sang neuf, éviter, comme elle le dit, les objets « consanguins ». Cela fait écho à ce que nous disions précédemment sur l’appauvrissement. On ne doit pas rester replié sur soi. Ne côtoyer que des gens qui font la même chose, ont les même centres d’intérêts ou la même vision n’a pas la réputation d’ouvrir l’esprit.
Cela amène un regard intéressant sur le thème « identité(s) » des Designer’s Days. On ne cherche pas dans la mixité, un oubli des identités (qui sont fondamentales) mais plutôt que chacune d’elles puisse s’exprimer pour créer quelque chose d’aussi, voire plus intéressant. »
Justement, quel regard portez-vous sur le thème « Identité(s) » des Designer’s Days de cette année ?
« Ce thème est symptomatique de notre époque. Déjà, je ne suis pas sûr qu’il y ait vraiment un lien de cause à effet mais une période d’élection est une période où les individualités et les appartenances s’affirment davantage. Nous avons beaucoup entendu parler d’identité ces derniers temps… De manière positive ou non.
En terme de Design, on y voit une envie de mettre en avant ce qu’il y a derrière les objets (les designers, les entreprises, les artisans, etc.). Nous aimerions aussi que cela veuille dire « parler de ceux pour qui on dessine les objets, ceux qui vont les utiliser réellement ». Pour résumer, au phénomène de « starification » bien connu dans le milieu du design, nous préférons voir dans cette thématique le souhait d’un retour aux sources, d’un retour à l’Homme et sa vie en communauté. ».
Selon vous, cette mixité est-elle un retour aux valeurs fondamentales du design (innovation et savoir-faire traditionnel) ou une véritable piste nouvelle dans la création / production ?
« Selon nous, cette mixité a toujours été là. Dans tout métier de création, on mêle les inspirations, les références et les savoir-faire. Chaque avancée sociale, technologique, philosophique amène son lot d’innovations. Il s’agit du sens naturel de l’évolution. La cuisine, la musique, le cinéma, le design… Rien ne peut échapper aux croisements. Cette mixité fait corps avec la création. La nier, c’est passer à côté. Mais il en est de même pour la mixité que pour le reste; tout est affaire de cycle. Ce n’est jamais qu’elle disparaît vraiment mais on en parle moins. Puis un jour, à nouveau, elle est partout et on ne voit qu’elle. »
Voilà l’esprit de ces Designer’s Days version 2012. Revenir sur les identités du Design, sa complexité et sa richesse. Ne pas oublier qu’au-delà de la médiatisation de designers, il y a des marques, des utilisateurs, des process, des objectifs, qu’ils soient économiques, ergonomiques, etc. Ne pas oublier que l’objet ne complète son identité qu’une fois que son acquéreur s’est identifié en lui. Et que cette mixité enrichi une discipline qui ne demande qu’à se rendre utile dans tous les aspects de notre quotidien.
Pour aller plus loin :
Une réflexion, complément d’article, sur la thématique des Designer’s Days.
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